18 mars 2009
La muse en rut
Ondine encor toute trempée
Puissé-je te montrer un jour
Les coquilles de mon épée
Rompue aux fentes de l'amour
Amour, ô dangereuse escrime
Où Priape est passé prévôt,
Je me consacre à tes travaux
Sous l'enseigne Aux Amis du crime...
Les filles étaient sans-culottes
Aux sombres jours de la terreur ;
Je veux qu'ouvrant la bouche en coeur
Ce soit toi qui me décalottes !
*
Toi que consume un feu nocturne,
Ne penses-tu pas que l'amour
Puisse éclairer au point du jour
Ton doux visage taciturne ?
Une attendrissante gougnotte
Rêve au dortoir, à la chienlit
Où deux fillettes dans un lit
Jouaient au garçon, motte à motte...
Voici l'image libertine
Que renvoie un miroir terni :
Mademoiselle Gamiani
Suçant la fraise de ma pine !
Texte : Pascal Pia (1903-1979)
Illustration : Permission de 10 heure collection de la BNF
13 janvier 2009
L'amour passionnée de Noémie (extrait)
Hà Dieu ! que j'ay de bien alors que je baisotte
Ma jeune folion dedans un riche lict
Hà Dieu ! que j'ay de bien en ce plaisant conflict,
Perdant mon plus beau sang pour une douce flotte.
Hà Dieu ! que j'ay de bien lors que je la mignotte,
Lors que je la chatouille, et lors qu'elle me rid,
Hà Dieur ! que j'ay de bien, quand j'entends qu'elle dict
D'une soufflante voix : Mon mignon, je suis morte.
Et quand je n'en puis plus, hà Dieu ! que j'ay de bien
De faire la mocquette en m'esbatant pour rien.
Hà Dieu ! que j'ay de bien de pinçotter sa cuisse,
De lécher son beau sein, de mordre son tetault.
Hà Dieu ! que j'ay de bien en ce doux exercice,
Maniant l'honneur blond de son petit tonneault.
*
Texte de Marc de PAPILLON de LASPHRISE (1555-1599)
Illustration Deveria Achille (1800-1857)
02 novembre 2008
La supérieure et Soeur Suzanne
"Ah ! soeur Suzanne, vous ne m'aimez pas !
- Je ne vous aimes pas, chère mère !
- Non.
- Et dites-moi ce qu'il faut que je fasse pour vous le prouver.
- Il faudrait que vous le devinassiez.
- Je cherche, je ne devine rien."
Cependant elle avait levé son linge de cou et avait mis une de mes mains sur sa gorge ; elle se taisait. Je me taisais aussi ; elle paraissait goûter le plus grand plaisir. Elle m'invitait à lui baiser le front, les joues, les yeux et la bouche ; et je lui obéissais ; je ne crois pas qu'il y eut du mal à cela : cependant son plaisir s'accroissait ; et comme je ne demandais pas mieux que d'ajouter à son bonheur d'une manière innocente, je lui baisais encore le front, les joues, les yeux et la bouche. La main qu'elle avait posée sur mon genou se promenait sur tous mes vêtements, depuis l'extrémité de mes pieds jusqu'à ma ceinture, me pressant tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre ; elle m'exhortait en bégayant, et d'une voix altérée et basse, à redoubler mes caresses, je les redoublais ; enfin, ili vient un moment, je ne sais si ce fut du plaisir ou de peine, où elle devint pâle comme la mort ; ses yeux se fermèrent, tout son corps se tendit avec violence, ses lèvres se pressèrent d'abord, elles étaient humectées comme une mousse légère ; puis sa bouche s'entr'ouvrit et elle me parut mourir en poussant un profond soupir. Je me levai brusquement ; je crus qu'elle se trouvait mal ; je voulais sortir, appeler. "Innocente ! ce n'est rien ; qu'allez-vous faire ? Arrêtez..." Je la regardai avec des yeux hébétés, incertaine si je resterais ou si je sortirais. Elle rouvrit encore les yeux ; elle ne pouvait plus parler du tout ; elle me fit signe d'approcher et de me replacer sur ses genoux. Je ne sais ce qui se passait en moi ; je craignais, je tremblais, le coeur me palpitait, j'avais de la peine à respirer, je me sentais troublée, oppressée, agitée, j'avais peur ; il me semblait que les forces m'abandonnaient et que j'allais défaillir ; cependant je ne saurais dire que ce fût de la peine que je ressentisse. J'allai près d'elle ; elle me fit signe encore de la main de m'asseoir sur ses genoux ; je m'assis ; elle était comme morte, et moi comme si j'allais mourir. Nous demeurâmes assez longtemps l'une et l'autre dans cet état singulier. Si quelque religieuse fût survenue, en vérité, elle eût été bien effrayée ; elle aurait imaginé, ou que nous nous étions trouvées mal, ou que nous nous étions endormies. Cependant, cette bonne supérieure, car il est impossible d^'tre si sensible et de n'être pas bonne, me parut revenir à elle. Elle était toujours renversée sur sa chaise ; ses yeux étaient toujours fermés, mais son visage s'était nimé des plus belles couleurs ; elle prenait une de mes mains qu'elle baisait, et moi je lui disais : "Ah ! chère mère, vous m'avez bien fait peur..." Elle sourit doucement, sans ouvrir les yeux. "Mais est-ce que vous n'avez pas souffert ? - Non. - Je l'ai cru. - L'innocente ! ah ! la chère innocente ! Qu'elle me plaît !" En disant ces mots, elle se releva, se remit sur sa chaise, me prit à brasse-corps et me baisa sur les joues avec beaucoup de force ; puis elle me dit :
"Quel âge avez-vous ?
- Je n'ai pas encore vingt ans.
- Cela ne se coinçoit pas.
- Chère mère, rien n'est plus vrai.
- Je veux savoir toute votre vie ; vous me la direz ?
- Oui chère mère.
- Toute ?
- Toute. Mais on pourrait venir ; allons nous mettre au clavecin, vous me donnerez une leçon."
Texte de Diderot (1713-1784)
Illustration : Paul Emile Becat
02 septembre 2008
Sonnets luxurieux III
Celui-ci est vraiment un beau cas long et gros.
Allons ! Si tu veux bien, laisse-moi le voir.
- Nous allons essayer si vous pouvez recevoir
Ce cas au mirely et moi par-dessus.
- Comment ? si je veux essayer ? Comment ? si je puis ?
Plutôt cela que manger ou boire !
- Mais si je vous écrase ensuite en étant couché,
Je vous ferai mal. - Tu as la pensée du Rosso.
Jette-toi sur le lit et sur le plancher.
Sur moi, quand ce serait Marforio
Ou un géant, moi j'en aurais soulas.
Pourvu que tu me touches les moelles et les os.
Avec ce tien divinissime cas
Qui guérit les mirelys de la toux.
- Ouvrez bien les cuisses.
Certes, on pourrait voir des femmes
Mieux vêtues que vous, mais non mieux foutues.
*
Ouvre les cuisses afin que je j'aperçoive bien
Tes belles hanches et ton mirely de face.
O hanches à faire qu'un cas change d'avis !
O mirely qui distille les coeurs par les veines !
Pendant que je vous caresse, voici qu'il me vient
Un caprice de vous baiser à l'improviste,
Et je me parais beaucoup plus beau que Narcisse
Dans le miroir que mon cas allègre tient.
- Ah ! ribaude ! Ah ribaud ! sur la terre et au lit !
Je te vois bien, putain ! et prépare-toi,
Je vais te rompre deux côtes dans la poitrine.
Texte de Pietro Aretino (1492-1556)
Illustration : Peter Johann Geiger, watercolor, 1840
30 août 2008
Sonnets luxurieux II
Où le mettrez-vous ? Dis-le de grâce,
Derrière ou devant ? je le voudrais savoir,
Parce que je vous ferai peut-être déplaisir
Si, par-derrière, je me le chasse par malheur.
- Madonna, non ; parce que le mirely rassasie
Le cas à tel point qu'il y a peu de plaisir ;
Mais ce que je fais, je le fais pour ne point paraître
Un Fra Mariano, verbi gratia.
Mais puisque vous voulez tout le cas dans ce pertuis,
Comme veulent les sages, je suis content
Que vous fassiez du mien ce que vous voulez.
Et prenez-le avec la main, mettez-le dedans :
Vous le trouverez aussi utile pour le corps
Que l'est aux malades l'argument.
Et tant de joie je sens
A le sentir dans votre main
Qu'entre nous, je mourrai si nous faisons l'amour.
Ce serait vraiment une couillonnerie,
Ayant le désir de vous prendre maintenant,
Que de vous avoir mis le cas au mirely,
Puisque de l'autre côté pour moi vous n'êtes pas chiche.
Finisse en moi la généalogie !
Je veux vous prendre à l'inverse souvent, souvent,
Puisque le rond est plus différent que la fente
Que la tisane du malvoisie.
- Prends-moi et fais de moi tout ce que tu veux,
Devant, derrière, je me soucie peu
Du lieu où tu feras ton affaire,
Car pour moi, devant, derrière, j'ai le feu,
Et tous les cas qu'ont mulets, ânes et boeufs
N'éteindraient pas de mon ardeur seulement un peu
Et puis, tu serais un homme de peu
De me le faire à l'antique, entre les cuisses :
Moi aussi je le ferais de l'autre côté si j'étais homme.
... à suivre...
Texte de Pietro Aretino (1492-1556)
Illustration : Peter Johann Geiger, watercolor, 1840
27 août 2008
Sonnets luxurieux I
Pose-moi cette jambe par-dessus l'épaule
Et ôte aussi ta main de mon cas,
Et quand tu voudras que je pousse fort ou doucement,
Doucement ou fort avec le derrière danse sur le lit.
Et si du mirely à l'autre pertuis mon cas se trompe,
Dis que je suis un scélérat et un rustre,
Car je sais reconnaître la vulve de l'anus,
Comme l'étalon reconnaît la cavale.
- Je ne veux pas ôter la main du cas, moi,
Non, moi je ne veux pas faire cette folie
Et si tu ne veux pas ainsi, va-t'en avec Dieu.
Car le plaisir, derrière, serait pour toi,
Mais devant le plaisir est à toi et à moi.
Ainsi donc fais l'amour à la bonne façon ou bien va-t'en.
- Je ne m'en irai pas,
Signora chère, d'une aussi douce bêtise,
Quand bien même je croirais délivrer le roi de France.
... à suivre...
Texte de Pietro Aretino (1492-1556)
Illustration : Peter Johann Geiger, watercolor, 1840
22 juillet 2008
Céladon et ses compagnons
Cependant Celadon fit passer adroitement son ami en sa place, et lui facilita l'occasion d'embrasser Dorimène et de la renverser sur le même lit où elle avait perdu la plus belle rose de son parterre.
Dorimène, à ce doux accueil,
Perdit à son tour la parole,
Et pendant que Poquet vertement la bricole,
Pour mieux ouvrir le cu laissa clore son oeil.
Poquet avait un vit d'ébène
De la longueur d'un demi-pied,
Dont il avait jadis maint con estropié,
Mais qui fit à ce coup grand bien à Dorimène.
Il avait l'air d'un rouleau de tabac
Tout semblable à celui dont le Diable, au sabbat,
Enconnait autrefois cette magicienne
Que l'on appelait Madeleine,
Et dont le père Esprit traça le noir ébat.
Un poil noir et frisé composait sa moustache,
Son œil était ouvert comme un gros robinet,
Il avait, par respect, décoiffé son bonnet,
Pour donner dans le doux de cette humide cache.
Le con de Dorimène était un petit mont
Qu'appuyaient à plaisir deux colonnes d'ivoire ;
Il était mollement ombragé d'un poil blond
Et distillait un sucre où l'amour allait boire.
Une languette coraline
S'y laissait voir malgré la nuit
Et par ce jour qu'elle produit,
Priape se glissa jusques à sa poitrine.
Ah ! cher lecteur, que ces moments
Furent doux à ces deux amants !
Combien de fois leurs cœurs l'un dans l'autre passèrent !
Que leurs accords furent charmants !
Et que le sort pour lequel ils quittèrent
Leur ravit de contentements !
Pierre Corneille Blessebois
(1646 - 1698)
Illustration : Aquarelles Peter Johann Nepomuk Geiger
21 juin 2008
Epigramme
Un compagnon, par charité,
Fourbissait le bas d'une dame,
Et la dame de son côté
Levait le con pour sauver l'âme.
Elle se pâme de plaisir
Quand elle eut fait mainte bricole,
Et s'écrire : "Hélas, mon désir !
Sauvez-moi, mon âme s'envole !"
Lui qui la voyait aux abois,
Immobile comme une souche,
Pour fermer deux trous à la fois,
Lui mit la langue dans la bouche.
"Beaux yeux, dit-il, remplis d'appas,
Mettez toute crainte en arrière ;
Votre âme ne s'enfuira pas,
Si vous bouchez bien le derrière !"
Auteur Anonyme - XVIIè siècle
Illustration de Peter Johann Nepomuk Geiger (Dix Aquarelles)
18 mai 2008
Sonnet sur le cul d'une demoiselle
Beau cul de marbre vif, dont l'amour fait sa gloire,
Cul dont les doux regards sont d'attraits embellis,
Cul qui par sur tout autre obliges mes écrits,
De sacrer vos honneurs au temple de Mémoire ;
Cul qui sur tous les culs remportes la victoire,
Cul qui passe en blancheur et la Rose et les Lis,
Cul de qui le mérite obliges mes écrits
De sacrer vos honneurs au temple de Mémoire,
Beau cul, bien que tant d'heur se marque assez en vous
Ce n'est pas le sujet qui fait qu'aux yeux de tous,
J'étale en ces écrits, vos beautés que j'admire,
Mais surtout, je vous aime ô beau cul tout divin
Pour être le plus proche et l'unique voisin
De ce doux Paradis où l'Amour se retire !
Robert Angot L'Eperonnière (XVIIè siècle)
Illustration empruntée à Mangalia
24 mars 2008
Gaillardise
Je cherche un petit bois touffu
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre s'il n'est pas tondu
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ;
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.
Allez Monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ;
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ;
Car si vous pleurez tout de bon
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient bien, dans une autre saison,
Men faire verser d'autres.
Quoi, vous craignez l'évènement
De l'amoureux mystère ?
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère :
L'amant modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser le gazon
Sans imbiber la terre.
Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire,
Mais dans ce fortuné moment,
On ne se connait guère.
L'amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maïtre
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l'être.
Voltaire (1694-1778)
Illustration empruntée à Curiosa
== Publicité ==





